jeudi 29 mars 2012

Comment se présenter en entretien

Comment se présenter en entretien et structurer son discours pour être clair et convainquant ? Telle est la question fatidique.
Depuis des années, l'entretien se déroule classiquement en trois parties, mais voyons ensemble les enjeux de chacune :
  1. Le recruteur présente la société, puis le projet.
    Le plus intéressant dans la présentation de la société relève des informations qui ne sont pas déjà disponibles sur le site web : organisation, culture, vision, méthodes.
    Au moment d'expliquer le projet, le recruteur oublie parfois d'expliciter la finalité du produit ou du projet, et rentre tout de suite dans les détails techniques. Or on ne peut pas comprendre l'architecture et la cartographie des composants et des flux d'un système sans connaître la nature de ses activités.
    Pendant ce temps, le candidat note tout ce qui lui permettra de faire un choix entre plusieurs opportunités le cas échéant, après la réunion. Il doit poser des questions pour éclaircir certains points, et ses questions auront pour effet de démontrer son intérêt pour le projet, ce qui est non seulement un élément indispensable pour rassurer un recruteur, mais aussi pour mieux préparer la suite de l'entretien et se distinguer.
  2. Le candidat présente son profil et son parcours.
    Le candidat fait une rapide introduction pour se présenter : qui est-il, son niveau de formation, son profil et ses atouts, des atouts et domaines de compétences qu'il devra mettre en relief en exposant son parcours.
    Pour un candidat qui recherche le poste auquel il aspire, au contraire du candidat qui doit gagner une mission pour la SSII dont il est salarié, le déroulement de la présentation est plus libre : il s'agit surtout de mettre en avant l'orientation qu'il souhaite donner à sa carrière, ses réussites professionnelles et ses choix de carrière passés, afin de déterminer si la société est en mesure de lui proposer le poste adéquat. Le candidat en SSII devra, lui, jongler entre l'obtention de la mission et ses intérêts propres, ainsi que le souci pour la SSII de garder ouverte la porte du client pour y placer d'autres consultants après lui, notamment s'il décline la mission.
    Pendant la présentation du projet qui a précédé, le candidat aura aussi noté dans un coin d'une feuille tous les mots-clés qui vont lui permettre d'adapter sa trame et d'orienter son discours, pour faire l'adéquation entre le poste proposé et ses compétences :
    • Réemployer oralement ces mots-clés afin d'y faire écho et déclencher un signal positif dans l'esprit du recruteur.
    • Passer rapidement sur les expériences qui ne sont pas significatives ou qui s'éloignent des préoccupations relatives au projet.
    • Insister sur les expériences révélatrices ou qui s'avèrent pertinentes dans le cadre du projet. Pour celles-ci, la méthode de l’entonnoir consiste à partir des généralités pour rentrer dans les détails :
      • présentation concise de la société,
      • le nom du département et sa taille, éventuellement lié à un produit,
      • l'équipe et sa taille, et le projet à sa charge,
      • Réalisations du candidat.
      • Ne pas oublier de citer les environnements techniques : méthodes de travail, technologies.
    • Tisser un fil directeur entre les expériences citées en ménageant des transitions : le candidat montre qu'il maîtrise son discours, est capable de prendre du recul, et garde l'attention du recruteur. Rien n'est plus fastidieux qu'une énumération, et ces transitions vont insuffler une dynamique au discours. Voici des éléments typiques d'une bonne transition :
      • Compétences développées ?
      • Compétences acquises ?
      • Ce que m'a apporté cette expérience ?
      • Ce que j'en ai retenu ?
      • "Le projet étant arrivé à terme", "Puis j'ai souhaité découvrir autre chose", etc, et on continue.
    • Lors de la conclusion finale, c'est le moment ou jamais de parler des points qui n'ont pas été abordés et qui peuvent valoriser la candidature, et lui donner un point d'orgue :
      • Projets personnels,
      • Blog professionnel,
      • Veille technologique,
      • Auto-formation,
      • Participation à des conférences publiques,
      • Ce qui vous intéresse dans le projet, le cas échéant,
      • Insister sur votre plus-value : ce que vous allez apporter à l'entreprise.
  3. Test technique, éventuellement, à réaliser dans un délai plus ou moins contraint.
  4. Si vous êtes présenté chez un client d'une SSII par un commercial, la phase de debriefing aura lieu sans vous : bilan sur la candidature, quelques questions-réponses pour lever des doutes persistants, TJM (tarif journalier moyen) de la prestation et négociation, date d'un retour pour communiquer la décision définitive, date de démarrage potentielle.
Remarques :
Aujourd'hui, des sociétés ont entrepris de demander aux candidats de se présenter en premier, afin d'éviter qu'ils n'utilisent la corrélation par mots-clés. C'est plus difficile, car le candidat doit se sentir prêt à prendre la parole dès le début de l'entretien et s'expose à un degré élevé d'incertitude. Or il a dû se déplacer pour arriver jusqu'aux locaux de la société, peut-être sort-il du métro (bruits tonitruants, odeurs nauséabondes, promiscuité excessive, chaleur étouffante, fatigue, sentiment d'oppression) et n'est-il pas vraiment dans les meilleures dispositions...
Mon point de vue est que le candidat ayant fait l'effort de venir jusqu'au recruteur, celui-ci devrait normalement témoigner d'une certaine courtoisie en ce sens.

Des SSII ont même institutionnalisé ce procédé, certaines sont sans doute conscientes d'avoir une image peu reluisante. Peut-être ne préfèrent-elles pas s'étendre sur la présentation de la société, qu'elles parviennent à éluder pour certaines d'entre elles. Quand je fais ce constat, pour ma part c'est rédhibitoire. Peut-être préfèrent-elles juger de la réaction du candidat, et voir quelles inflexions il va donner à sa présentation : affirme-t-il son projet professionnel, ou bien va-t-il le diluer dans des choix qu'il a dû subir, auquel cas on peut supposer qu'il est malléable, qu'il aura peu de revendications, voire qu'il sera facile de l'orienter, de l'influencer. Faute d'un objectif à atteindre, un candidat peut même en arriver à commettre des faux pas en se présentant. Faute d'un objectif à viser, il peut être tentant de se montrer le plus synthétique possible, mais en manquant d'évoquer certains traits qui vont révéler toute la qualité de son profil, un candidat risque indirectement de se dévaloriser et de jouer le jeu du recruteur au moment de la négociation des prétentions salariales.


Enfin, je dirais qu'il y a des jours avec et des jours sans, en dépit de votre préparation, sans compter qu'il faut savoir se garder une part d'improvisation, afin d'y gagner en spontanéité et vivacité : se sentir en danger est stimulant et pousse à se dépasser. Aussi je vous souhaite bonne chance et bon courage. Car, comme disait Louis Pasteur, "la chance ne sourit qu'aux esprits bien préparés".

1 commentaire:

aranud a dit…

Je distinguerais vraiment le cas d'un entretien d'embauche en CDI, d'un entretien d'embauche chez un client pour le compte d'une SSII.

Dans le premier cas, je conseillerais - pour avoir fait passer un nombre non-négligeable d'entretiens - qu'il vaut mieux plutôt éviter de réemployer les "mots-clés" que vous aurez éventuellement noté dans votre coin de feuille.
C'est généralement assez visible pour les recruteurs et pas du meilleur effet.

Plus généralement, dans le cadre d'un recrutement en CDI (hors SSII), le recruteur est là pour embaucher un candidat qui - il l'espère - fera un long bout de chemin avec la société. Recruter un ingénieur pour le voir partir 1 an plus tard fait assez peu de sens...
Or aujourd'hui le monde évolue à vitesse grand V. Un candidat n'a pas de futur s'il ne sait pas s'adapter, apprendre de nouvelles choses (nouveau langage de programmation, nouvelle API, nouveau framework, ...). Ce qui intéresse donc le recruteur n'est pas tant vos expériences passées que votre capacité à apprendre, à évoluer et à maîtriser une technologie.
Même si aujourd'hui vous êtes un guru Java ou Ruby, demain vous passerez peut-être vos journées à coder en Objective-C ou en C# :-)

La deuxième chose qu'un recruteur recherche chez un ingénieur.. c'est le fameux "Smart and Get Things Done"
http://www.joelonsoftware.com/articles/GuerrillaInterviewing3.html
C'est au candidat de montrer lors de l'entretien ce qu'il a réellement fait sur les projets sur lesquels il est intervenu. Alors n'hesitez pas à venir et à montrer des bouts de programmes que vous avez écrits (si vous en avez la permission), des captures d'écrans que vous avez programmé,... Bref, du concret !